Les inégalités sont responsables de la crise


09-01-2011

La montée des inégalités aux Etats-Unis expliquerait aussi bien la crise de 2007 que celle de 1929. C’est la thèse (qui porte sur les USA) des économistes Michael Kumhof et Romain Rancière. Pour eux, le point commun entre les décennies précédant la crise économique actuelle et celles d’avant la Grande dépression de 1929 est la montée conjointe des inégalités et de l’endettement. Entre 1910 et 1929, comme entre 1989 et 2008, la part des revenus de la fraction de 1 % des ménages les plus riches est en effet passée de 15 % à 25 %.

Les riches prêtent et les pauvres empruntent

Pendant les deux périodes, les Américains « d’en bas » cherchaient à maintenir un standard de vie, comparable à celui des Américains « d’en haut ». Les ménages pauvres ont donc abondamment emprunté pour compenser la stagnation de leurs revenus. Les ménages aisés, qui n’arrivaient pas à dépenser tous leurs revenus, étaient à la recherche de rendements élevés pour placer leur surplus d’épargne. La soif d’endettement des ménages pauvres a permis aux riches d’investir dans des produits financiers adossés sur ces crédits. Cette volonté d’emprunt des uns et de placement des autres a gonflé le secteur financier de la banque, dont la taille a doublé entre 1981 et 2007 pour atteindre 9 % du PIB. Voilà l’origine du miracle économique des années 2000.

Le gouvernement américain a quant à lui encouragé ce processus dans les années 90 en dérégulant le marché bancaire et en poussant à accorder des prêts immobiliers aux ménages les plus modestes. Il est plus facile de masquer les inégalités, en encourageant le crédit facile ou, comme en Nouvelle-Calédonie, le prêt à taux zéro, plutôt que de s’attaquer à elles avec des politiques fiscales de redistribution. Cet endettement excessif des classes pauvres et moyennes fragilise le système financier : quand les prix de l’immobilier arrêtent de progresser, les emprunteurs font défaut en masse, et cela déclenche les crises. C’était vrai en 1929 et cela a été vrai en 2007. Pour les deux économistes, la réduction des inégalités n’est donc pas seulement une question de justice sociale. C’est aussi une nécessité pour empêcher l’éclatement de nouvelles crises financières.

La Nouvelle-Calédonie suit la facilité du modèle d’avant crise

En Nouvelle-Calédonie, on croit encore que les inégalités sont créatrices et que les riches investiront, générant des emplois futurs. Le capital est bien moins taxé que le travail. Le taux d’imposition effectif des riches est bien plus bas que celui des classes moyennes. Cette politique absurde asphyxie le marché intérieur calédonien, déjà réduit. Les gens modestes ne peuvent pas consommer et les riches, qui ne peuvent dépenser leurs surplus, l’exportent (voyages, immobilier en Australie, Nouvelle-Zélande ou France, voitures et bateaux importés) ! La dernière loi fiscale au congrès, votée le 17 décembre 2010, a multiplié les crédits d’impôts sur le modèle d’avant crise : crédit d’impôt mécénat, crédit d’impôt crèches d’entreprise, baisse des droits d’enregistrement, défiscalisation Scellier (nouvelle venue après Girardin), etc. Cette politique est pourtant dangereuse pour l’équilibre social du pays en creusant encore plus les inégalités.

Vous pouvez retrouver le document de travail (en anglais) Inequality, Leverage and Crises de Michael Kumhof and Romain Rancière de novembre 2010 ici :

 Les_inegalites_et_crise.pdf

La question des inégalités et du partage de la valeur ajoutée a été approfondie par les rapports d’études du syndicat USOENC (études SYNDEX) : Les causes de la vie chère en Nouvelle-Calédonie, avril 2009 ; Le pouvoir d’achat des Calédoniens, octobre 2010, disponibles en librairie.