Réseaux numériques et rééquilibrage


06-01-2010

Quand l’e Calédonie s’éveillera

Le paysage économique calédonien présente des caractéristiques bien singulières : l’exploitation du Nickel représente près de 95% de la richesse produite et concentre l’activité économique et sociale sur certains pôles géographiques, notamment en province sud, générant de fait un important déséquilibre, en termes de création de richesses, entre les différentes composantes du territoire. 

Dans l’hypothèse où des activités industrielles de substitution au Nickel seraient envisagées, celles-ci ne pourraient être établies qu’à une relative proximité de l’aéroport de la Tontouta ou du port de Nouméa pour d’évidentes raisons de maîtrise des coûts de transports liés, notamment, à l’importation de matières premières et à l’exportation de produits finis. Il en est de même avec le tourisme puisque le Plan de Développement Concerté du Tourisme préconise le développement de pôles situés à 90 mn de l’aéroport international soit dans un rayon de 100 à 150 km. 

Dès lors les tentatives de rééquilibrage Nord-Sud et Grande Terre – îles sont – elles vouées à l’échec ? 

Comment s’affranchir des distances en permettant à des populations de résider dans des lieux sans grande dynamique  économique tout en leur proposant une activité professionnelle ?    

Un élément de solution se dessine dans le développement d’un réseau de communication  de très haut débit, de l’ordre de 100 à 200 Mb/s,  à l’intérieur de la Nouvelle Calédonie et entre le Territoire et, via l’Australie par exemple, le reste du monde. Une telle architecture numérique permettrait le développement du e travail ou du télétravail, c'est-à-dire d’un travail réalisé à domicile, s’affranchissant de toute distance géographique. Ainsi pourrait-on imaginer qu’un expert comptable s’installe à Koumac ou à Koné et réalise des prestations destinées à des entreprises localisées à Nouméa, à Paris ou encore à Fort de France. Pour toute entreprise, recevoir, par e mail, un document comptable d’un cabinet situé à quelques centaines de mètres ou à des milliers de kilomètres, n’a aucune incidence. 

En revanche, en termes de rééquilibrage, l’incidence est non négligeable : l’expert comptable peut avoir des collaborateurs. L’ensemble des revenus perçus sera principalement consommé localement ce qui va stimuler le commerce et donc générer une dynamique économique. 

L’expertise comptable n’est qu’un exemple d’activités parmi de nombreuses autres, comme le travail administratif, l’édition, la traduction, la gestion d’un centre d’appels, le téléenseignement ou e learning, la gestion d’une centrale de réservation, … . 

L’idée en elle-même n’est pas neuve et à déjà fait ses preuves. En métropole, Air France a délocalisé son centre de réservation téléphonique en Irlande, SFR a son centre d’information au Sénégal, les Taxis G7 et Orange au Maroc. Pourquoi ne pas imaginer des délocalisations d’activités en Nouvelle Calédonie où des séquences de production  pourraient être réalisées pour des entreprises métropolitaines fermées pour la nuit alors que le soleil brille déjà à Nouméa.  

Dans cette perspective, les pouvoirs publics pourraient favoriser le développement de cette architecture numérique, inciter les ménages à s’équiper de matériel ou bien mettre en place des structures locales dotées de matériels et aptes à accueillir des personnes aux activités multiples et diverses.

Au-delà d’une dynamique économique, le facteur de cohésion sociale serait renforcé.

Ainsi un rééquilibrage serait-il possible, quand l’e Calédonie s’éveillera.

Cet article d’Olivier Saissi, Maître de Conférences en gestion, a été publié en "coup de cœur" dans les Nouvelles calédoniennes (décembre 2009).